Visa n° 46 452
Durée : 9 minutes
© 1976 Les Films 13

Un plan-séquence de 9 minutes. La traversée de Paris en voiture. Un film culte !

Note d’intention : « Je roule comme Trintignant dans « Un homme et une femme », pied au plancher, compteur bloqué à cent quatre-vingts, prenant tous les risques. Et même d’avantage, puisque je ne suis pas au rallye de Monte-Carlo, mais en plein Paris. A côté de moi, mon chef opérateur contrôle la vitesse de la caméra accrochée au pare-chocs. Nous brûlons systématiquement tous les feux rouges. Les rues et les avenues défilent à une vitesse terrifiante.

A ce moment là, je me dis que les spectateurs seront collés à leurs

fauteuils, écrasant du pied un frein imaginaire. Car c’est un film, bien sûr, que je tourne. Neuf minutes trente secondes. Neuf minutes trente secondes de pellicule, c’est ce qui me restait à la fin du tournage de « Si c’était à refaire », au moment des rendus.

Trouvant dommage de laisser perdre ces précieux trois cents mètres de pellicule, j’en ai profité pour réaliser un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps : un film en un seul plan-séquence où la caméra traverserait Paris à grande vitesse, son regard étant celui d’un homme qui conduit comme un fou parce qu’il est en retard à un rendez-vous.

J’avais eu cette idée un jour où, moi qui suit toujours ponctuel, j’étais dans la même situation. Comme il était vital que j’arrive à l’heure, j’ai traversé Paris à une vitesse hallucinante, brûlant des feux rouges, empruntant des sens interdits, prenant des risques insensés. Comme je suis entrain de le faire en ce moment même. Cinq cent soixante-dix secondes, pas une de plus, c’est le temps que j’ai pour effectuer le trajet porte Dauphine-place du Tertre. Avec deux principaux problèmes techniques.

Le premier consiste à coordonner le parcours de la voiture avec l’action des dix dernières secondes, quand Gunilla, ma compagne de l’époque (qui est aussi la mère de ma fille Sarah) s’avancera vers le véhicule qui s’arrêtera devant elle. C’est le bruit du moteur, à mon approche de la place du Tertre, qui l’avertira qu’il est temps de s’avancer jusque dans le champs de la caméra.

Le second problème réside dans l’impossibilité d’assurer la sécurité de l’opération. J’ai limité les risques en tournant ce film cascade au mois d’août, à cinq heures trente du matin, au lever du jour. La circulation est donc quasiment inexistante. Je n’ai pu cependant obtenir l’autorisation de bloquer les rues débouchant sur mon parcours. Un véhicule peut donc déboîter devant moi à n’importe quel moment. Ci cela se produit, je prie pour avoir le coup d’œil et les réflexes nécessaires pour réagir au quart de seconde. L’étape la plus dangereuse du parcours demeure le passage des guichets du louvre. Il n’y a aucune visibilité à la sortie. Si une voiture surgit à ce moment devant mon capot, la collision sera inévitable. J’ai donc posté mon assistant, Elie Chouraqui, à cet endroit stratégique. Grâce à son talkie-walkie, il me préviendra en cas de danger. J’arrive à la hauteur des guichets du Louvre. Aucun signal de la part de « Chouchou ». Je fonce. Le reste du parcours s’accomplit sans problème. Je ralentis place du Tertre, et Gunilla, avec un chronométrage parfait, s’avance à ma rencontre. Un quart d’heure plus tard, je retrouve Chouraqui, en train de bricoler son « talkie » :
- Qu’est ce qui se passe ?
- C’est cette saloperie ! me dit-il en désignant l’appareil. Il est tombé en panne au début de la prise !

J’ai un grand frisson d’angoisse rétrospectif. Debout dans le bureau du préfet de police, j’ai la sensation d’être un enfant puni. Je m’apprête d’ailleurs à l’être et sévèrement. D’une voix de procureur, le préfet, qui m’a personnellement convoqué, dresse à mon intention la liste de toutes les infractions que j’ai commises pendant les quelques minutes de tournage de « C’était un rendez-vous ». Elle est interminable. Quand il a fini, il lève sur moi un oeil noir et dit en avançant la main :
- Remettez-moi votre permis de conduire, s’il vous plait. Le moment serait mal choisi pour discuter. Je m’exécute. Le préfet de police s’empare du document, le contemple rêveusement pendant quelques secondes, puis… me le rend avec un large sourire.
- Je m’étais engagé à vous le retirer, me dit-il. Mais je n’ai pas précisé pour combien de temps.

Devant ma stupéfaction, il ajoute :
- Mes enfants adorent votre petit film ! »