Visa n° 38 569
Durée : 90 minutes
© 1971 Les Films 13

Sélection officielle Festival de Venise.

Avec : Catherine Allégret, Charles Gérard, Jean Collomb, Amidou, Francis Lai, Elie Chouraqui, Pierre Uytterhoeven et Arlette Gordon.

Note d’intention : Charles, Jean et Amidou, appelés Smic, Smac et Smoc par leurs camarades des chantiers navals, en souvenir du temps où ils étaient payés au minimum syndical, ont mis en commun toutes leurs ressources. Un mode de vie s’est établi entre eux, dans le baraquement qu’ils habitent : Jean s’occupe des taches matérielles et Charles gère le budget commun.

Le vendredi soir quand la sirène libère les 5000 ouvriers des chantiers, les trois amis se retrouvent au Bistrot du port. C’est pour eux l’occasion de se livrer à leur passe-temps favori : la contestation.

En l’espace de deux apéritifs , ils abordent tous les grands problèmes : le temps, les femmes, les chevaux, la politique, les sportifs, la haute finance n’ont pas de secrets pour eux. Mais s’ils ont pour la haute finance des solutions radicales, il est un autre problème toujours posé, et jamais résolu : leurs finances particulières.

A ce propos, justement, Charles et Jean ont un problème sérieux. Ils étaient 3 jusque là à partager les frais domestiques. Or, Amidou les quitte, pour épouser Catherine, une jolie boulangère. Au cours du film, dans toutes les conversations, on saisit rapidement les personnages dans ce qu’ils ont de représentatif de toute une population. Charles, Jean, Amidou, savent tout sur tout. Mais on se rend compte très vite qu’ils manipulent des idées et des mots tout faits, dont ils ne comprennent jamais le sens ni la portée : crédit, taxes, T.V.A, viager, anciens et nouveaux francs, deviennent à travers eux des opérations fantaisistes de la plus grande drôlerie.

Le samedi matin, tous se retrouvent à la mairie. Devant eux défilent les cortèges de riches mariages, tandis qu’ils attendent qu’on les appelle. C ‘est un mariage rapide, bâclé, dans la vaste salle des mariages vide de tous invités. La tristesse se lit dans le regard de Catherine.

Alors les trois compères décident de lui offrir malgré tout une fête merveilleuse. Charles loue les services d’un accordéoniste aveugle, rencontré dans la rue ; et comme ils n’ont pas les moyens d’aller au restaurant, Jean organise un pique-nique somptueux dans les collines proches…

Mais l’argent, une fois de plus, vient les narguer, sous la forme d’une superbe voiture de sport, qui s’arrête à quelques pas d’eux. Charles convainc les autres, trop intimidés par tant de luxe, « d’emprunter » la voiture pour faire un tour jusqu’aux chantiers. En chemin, Charles explique aux autres qu’une voiture comme celle-là peut leur servir de passeport pour passer la frontière qui sépare les riches des pauvres. Pour l’éprouver, il leur faut aller à Saint-Tropez, « capitale des riches ».

A Saint-Tropez, ils quêtent aux terrasses des cafés, pendant que l’aveugle joue de l’accordéon. La recette leur permet de s’offrir, pour la première fois de leur vie, un repas dans le restaurant le plus luxueux de la ville. Avec griserie, ils découvrent que parce qu’ils ont (ou semblent avoir) de l’argent, ils peuvent manipuler à leur guise, comme des marionnettes, les serveurs stylés qui les intimidaient tant au début. Etrange pouvoir que celui de l’argent, qui fait oublier leurs maladresses de gens peu habitués au luxe.

Ils ont mis en marche, sans le savoir, un engrenage irréversible : la vie semble tellement simple avec de l’argent (ou l’illusion de l’argent que donne la possession d’une belle voiture), qu’ils franchissent sans s’en rendre compte les limites d’une certaine morale : sur la route menant à Saint-Tropez, ils sont, par exemple, partis sans payer l’essence et cela leur a semblé un acte sans conséquence. Charles, également, trouve tout naturel « d’emprunter » un merveilleux accordéon électronique, pour l’aveugle dont il veut devenir l’impresario.

Heureusement, nos personnage sont dotés d’un solide bon sens et d’un optimisme qui leur permettra de se sortir sans perdre trop de plumes ou d’illusions des mains des gendarmes, venus leur demander des comptes sur leur folle équipée. Et tout finira bien, dans le meilleur des mondes capitalistes.