Durée : 270 minutes
© 1970 Les Films 13
Nouvelle version, longue et sonore, du film « Napoléon » (1927)
Les droits de ce film appartiennent désormais à la Cinémathèque Française.

Réalisé par : Abel Gance

Avec : Albert Dieudonne, Abel Gance, Antonin Artaud, Alexandre Koubitzky et Edmond van Daele.

Note d’intention : « Tout a commencé par un coup de fil de François Truffaut :
- Claude, vous êtes le seul à pouvoir produire le Napoléon d’Abel Gance !
Je me demande de quoi il parle.
- A ma connaissance, dis-je, ce film a déjà été produit et tourné, et il est sorti depuis quarante trois ans.

Truffaut s’explique :
- Abel Gance est en face de moi. Il voudrait réaliser une version sonore de son film, mais aussi rajouter des scènes. C’est un projet si ambitieux qu’il m’a semblé que vous étiez le seul à pouvoir l’entreprendre…
- C’est un honneur qu’il me fait. Qu’il vienne tout de suite !

Abel Gance me stupéfie. Il passe deux heures à me raconter chaque scène de son film – comme si je ne l’avais jamais vu – jouant tous les rôles avec l’enthousiasme d’un jeune metteur en scène cherchant à convaincre un producteur de l’aider à faire son premier film. Or il avait plus de quatre-vingts ans. Comment dire non à ce visionnaire génial ?

Bientôt l’immeuble des Films 13 est investi par les armées Napoléoniennes. On rejoue, pour les besoins de la postsynchronisation, la totalité du film (qui dure quatre heures trente). Au sous-sol, où l’on est en train de construire la future salle de projection, je fais interrompre les travaux pour transformer le chantier en studio de cinéma. C’est là qu’Abel Gance tourne les scènes d’intérieur qu’il a rajouté à son film. Celui-ci, dans sa nouvelle version sonorisée et (encore) plus longue, s’intitule désormais : Bonaparte et la Révolution. C’est avec ce film – et avec Le Voyou que je viens d’achever – que j’inaugure ma salle de projection une fois terminée.

Quelques temps plus tard, le cinéaste américain Francis Ford Coppola, lui aussi un admirateur passionné d’Abel Gance et de son Napoléon, me rachète les droits de la version muette. Son intention est de faire écrire par son père, le compositeur Carmine Coppola, une symphonie qui accompagnera une nouvelle présentation du film. Au Colisée de Rome j’assiste à la nouvelle présentation du film. Pendant une bataille de Napoléon d’Abel Gance, la grêle, dans le film, se met à tomber. Elle frappe les tambours des régiments et, dans un effet lancinant et tragique. Dans sa composition, Carmine Coppola a souligné ces percussions avec les grosses caisses et les timbales de son propre orchestre. L’effet est envoûtant. Mais soudain, au moment précis où cette scène se déroule sur l’écran géant, une grêle véritable se met à tomber sur Rome ! La foule pousse des cris de frayeur et d’extase en se croyant tout à coup projeté au milieu de la bataille. Personne ne bouge, tant le prodige est fascinant. Des couvertures sur la tête, nos chaises en guise de parapluie, nous sommes emportés par ces effets spéciaux venus du ciel pour accompagner et applaudir le génie lyrique d’Abel Gance. Cette nuit là, je ne doute plus que Dieu aime le cinéma. Et je regrette de tout mon cœur qu’Abel Gance, mort l’année précédente, n’ait pas pu voir un pareil spectacle. »