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Le Monde (14 avril 1990) par Jacques Siclier "II y a des jours... et des lunes", de Claude Lelouch est une œuvre sur les déterminismes des comportements humains... Pour fêter le 30 anniversaire de sa maison de production, les Films 13, et son trente-et-unième Film, Claude Lelouch offre en cadeau aux spectateurs une vraie séance de cinéma comme on n'en présente plus dans les salles. Elle est composée d'un film publicitaire, d'un court métrage sur la Normandie et d'un long métrage, "II y a des jours... et des lunes". Mais, tout en ranimant la nostalgie des grands programmes du temps où l'on allait au cinéma comme à un banquet, Claude Lelouch s'est arrangé pour que les trois parties de celui-ci soient indissociables ! La démonstration caracolante des qualités de l'Alpine Renault est faite du côté du Mont Saint-Michel, et les voitures rouges donnent à l'écran la couleur de la passion. Puis, on les retrouve dans le film de fiction. Le documentaire commente une cérémonie d'anniversaire du débarquement de juin 1944. Au cours de cette commémoration, une jeune fille qui dirige un haras, et un marin pêcheur se rencontrent. Ils décident de se marier. Bien-sûr, ils n'ont pas été choisis par hasard dans la foule : ce sont deux comédiens : Caroline Micla et Jacques Gamblin. On a juste le temps de se souvenir qu'en 1974, Lelouch a tourné un film, Mariage, entièrement situé sur une côte normande de la zone du débarquement, et le grand film commence les noces de Caroline Micla et Jacques Gamblin dans une cour de ferme. La nuit de noces va être celle de la pleine lune et du passage de l'heure d'hiver à l'heure d'été, phénomènes qui influent sur les tempéraments nerveux et, peut-être bien sur tous les corps humains, comme l'explique, dans un savoureux discours pseudo-scientifique digne des émissions de vulgarisation de la télé, un retraité (Paul Preboist) qui, justement, a chez lui la collection de tous les modèles de récepteur de télévision. Lelouch, donc, vient d'annoncer son jeu. Les Alpines Renault du film publicitaire vont être ramenées à Paris par Gérard Lanvin, camionneur qui conduit un immense remorque, et qui s'est disputé avec sa femme. La vérité des êtres ! L'itinéraire de Lanvin passe par Marnes-la-Coquette, là où la plupart des autres personnages du film ont affronté entre temps, pas mal de problèmes. Des couples se sont défaits. Ils s'étaient unis sur des caprices ou des jeux de hasard. La pleine lune et l'heure d'été ont fait éclater les crises, placé les hommes et les femmes en face de leur vérité. Lelouch n'a pas son pareil pour entremêler les destins, faire se croiser les routes de diverses existences, se servir du temps, de l'espace pour filmer ces moments de la vie où l'on se découvre, où l'on doit faire un bilan, où l'on souffre, où l'on est obligé de réfléchir au sens de l'amour et du bonheur. Itinéraire d'un enfant gâté constituait, on l'avait dit, le tournant de la cinquantaine : Cela se confirme. Lelouch ne s'est pas embarqué dans des aventures gratuites. Il parle, à nouveau discrètement, de réincarnation, et, surtout, il dit, il montre que l'amour et le mariage ne doivent pas être pris à la légère. Ici, sa caméra est plus sage, en dépit de quelques morceaux de bravoure étincelants. Lelouch a pris le temps de filmer les gestes, les visages, la vérité des êtres (ainsi, pour ne citer que celle-ci, la scène de rupture entre Marie-Sophie L. et Patrick Chesnais est-elle d'une réalité psychologique admirablement juste). Il a réalisé une œuvre attachante, dramatique par moments, mais ouverte sur l'avenir. Une œuvre sur le déterminisme des comportements humains (thème récurrent depuis "Partir revenir") dont le scénario et la mise en scène sont minutieusement ajustés sur les hypothèses de choix de la vie réelle.
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