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Fanny Ardant parle du tournage de "Roman de gare"... «
Dès le début, Lelouch, blessé que les critiques lui
règlent son compte avant même d'avoir vu le film, s'était
inventé un double, comme Romain Gary avec Emile Ajar. Et j'ai adoré
l'idée de ce film top secret ! J'avais dit à mon agent : Le vrai Hervé Picard – car il existe, c'est un grand joueur de tennis devant l'Eternel – était sur le plateau, tout le monde jouait le jeu, et moi je jubilais... J'aurais aimé que Lelouch garde le secret jusqu'au jour de la présentation du film à Cannes. Vous imaginez : il monte sur scène, après la projection, et dit : “Vous n'avez pas voulu venir à Lagardère, eh bien Lagardère est venu à vous !” Le panache... J'avais peur que Lelouch me propose un personnage gna-gna-gna, niaiseux... Mais non. J'ai aimé cette ambitieuse, cette méchante, cette manipulatrice. Mon regret, c'est d'avoir passé trop peu de temps au Quai des Orfèvres : j'aurais adoré balancer à la police tout ce qu'on a, souvent, envie de lui dire. Une autre fois, peut-être. Sauf que personne ne me voit en meurtrière : c'est bizarre... Plus je vais et plus je crois que le cinéma c'est pragmatique. Montrer le sens du signifié ou la prégnance du hors-champ, ça n'existe pas. Le cinéma, ça se fabrique. Ça se met au four et ça cuit comme un pain au chocolat. Quand je voyais Claude courir, avec sa caméra et son micro, je me disais qu'il était intact. Un gamin dans une cour de récréation... La théorie, c'est bien joli, mais arrive toujours le moment concret où, sur une scène ou un plateau, deux comédiens entrent et disent : ”Je vous aime, je vous aime, je vous aime...” Et Lelouch, c'est ça. Ce n'est même que ça : des sentiments essentiels qu'il aime saisir. Je peux compter sur les doigts d'une main les metteurs en scène dont je me suis dit : “Ah, quel bonnet de nuit, celui-là !” Des navets, j'en ai tourné, oui, que je ne regrette pas. Car je ne saurais être comme Ingrid Bergman, qui, à en croire Hitchcock, voulait ne tourner que des chefs-d'œuvre. Moi, je préfère la philosophie de Mastroianni : “Un jour, tu tournes avec Fellini, un autre avec un tocard, et tu es heureux quand même.” Il existe, certes, des tournages qui ressemblent à un verre de champagne : le film de Claude, justement, ou Vivement dimanche ! Le reste du temps, on a des instants de bonheur. Je porte des voiles noirs sur la tête, comme tout le monde. Mais un projet surgit, une rencontre ou une conversation avec un ami... Et je me dis : “Prends, ça ne changera rien au marasme, ça te permettra juste de ne pas t'y perdre.” » (Propos recueillis par Pierre Murat - Télérama n° 3061)
Pierre Arditi parle de Claude Lelouch : « Claude, c'est quelqu'un d'inépuisable ! C'est quelqu'un qui peut vous épuiser vous, mais qui lui ne s'épuise jamais... Il est debout à cinq heures du matin, il est le premier sur le pont, le dernier à quitter le navire et encore, il ne le quitte jamais vraiment, parce que quand il rentre chez lui il pense encore à ce qu'il va faire ou à ce qu'il a fait. Il s'écrase quatre heures et il recommence, donc il n'y a pas un instant où il reprend souffle parce qu'il n'a pas besoin de reprendre souffle… Parce que sa vie c'est ça ! C'est probablement ça que j'aime le plus chez lui parce que moi aussi ma vie c'est ça... Je crois qu'on s'entend très bien parce qu'on est aussi hystériques l'un que l'autre, c'est cette vie qui passe et qu'il faut absolument saisir de toutes ses forces, parce que la vie n'attend pas et ça c'est une autre de ses vertus. Au cinéma, il y a une chose qui m'exaspère toujours : C'est que les gens qui font du cinéma pensent que la vie va les attendre, parce qu'il faut installer une caméra, installer un projecteur et au moment où l'équipe technique est prête, ce qu'elle va filmer a disparu parce que la vie n'a pas attendu. Claude, il sait ça ! Il sait que rien ne dure et que s'il n'est pas là où la chose apparaît, cette chose disparaîtra sans qu'il ait pu la capter, et ça pour moi c'est fondamental ! C'est une respiration qui fait partie de son enthousiasme et de sa vigilance de l'existence qui me semble être son don le plus précieux… Et je pense que c'est une véritable nourriture pour l'acteur ! C'est aussi quelqu'un qui fait du spectacle, et ça aussi c'est une de ses grandes vertus. Ses films ne sont pas des « pense-hommes », ce sont des spectacles, alors on y va ! De temps en temps ça émeut. De temps en temps ça dévaste et puis on continue… On se tape une crise de fou-rire en attendant la mort comme dirait Guitry… Et c'est probablement pour ça que j'aime Claude... c'est ça, c'est "Rions un peu en attendant la mort"... C'est pour ça que Lelouch ne vieillit pas et si quelquefois certaines méchantes langues voudraient nous faire croire qu'il vieillit, ils se trompent. Quelquefois, les choses sont moins abouties que d'autres, comme tout le monde ! Personne n'est absolument invariable, mais il y a toujours dans ses films quelque chose d'une incroyable jeunesse et très curieusement, aujourd'hui, les films de jeunes ne sont pas faits pas des jeunes. Ils sont jeunes dans la tête, jeunes dans le cœur… Ils sont moins jeunes à priori ailleurs que les autres et pourtant ce sont ceux là qui font un cinéma, qui est véritablement le cinéma de la vie et du subversif. Je pense évidemment à Lelouch, je pense à Resnais, à Blier, à tous ces gens là, ce sont des galopins… Et qu'ils le resteront longtemps parce qu'honnêtement, j'ai l'impression que ceux sont eux qui sauvent le cinéma français... » (extrait de l’émission Vivement Dimanche, France 2)
1972
"L'aventure c'est l'aventure"
"Pourquoi
le cacher ? Le plus gros coup de ces mousquetaires 1972 imaginés
et mis en scène par Claude Lelouch est l'enlèvement du Pape
avec demande de rançon. Ça, c'est pour la fin du film. Au
début, ils se sont fait la main sur le Pape de la chanson : Johnny
Hallyday, en le kidnappant avec son consentement. Même au tarif
fort, ça revient moins cher qu'une campagne publicitaire et ça
vaut la une des journaux. Pour
Claude Lelouch, et pour ses joyeux interprètes, ce film est une
récréation de luxe. Tout ce petit monde s'est beaucoup promené,
s'est déguisé, a fait des farces, prenant comme règle
que si on s'amuse on amuse les autres, même si les moyens employés
sont parfois simplets et si la décontraction un peu complaisante
engendre des longueurs. On a plaisir à voir Lino Ventura abandonner
son personnage de dur impassible, à découvrir un Jacques
Brel hilare et à sentir tout l'humour que Charles Denner cache
sous son air taciturne. Charles Gérard a sa faconde habituelle
et le nouveau comique Italien Aldo Maccione ne se laisse pas distancer,
loin de là.
A comme... "Un Autre homme, une Autre chance"
Les
premiers jours de tournage de ce film "américain" se
sont déroulés en France, à Rouen, pour reconstituer
la guerre franco-prussienne de 1870. Découvrez en exclusivité
la feuille de service du 2e jour de tournage, le 1er février 1977. cliquez sur les images pour agrandir.
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